Lundi 24 Juillet 2017     liens
 
Le vieillissement du bateau. (1/3)
 " Un bateau commence à vieillir par ses trous"...disait un de nos amis constructeurs.
C'est vrai !
Pas seulement par là... mais par là d'abord, et c'est vrai pour tous les bateaux quels qu'en soient les matériaux.
Tous les défauts d'entretien sont les portes d'entrée de ce qui peu à peu, ou bien vite, fait vieillir coque, pont, appendices, et même le mât. De même les percements volontaires pour fixer des pièces, mal protégés ou dont l'étanchéité insuffisante.
Un bateau en polyester moulé sort gelcoaté de ses moules. Une coque, un pont, un appendice ou un espar en composites, CP, bois, acier ou alu, est peint. Une coque, un pont, un mât en alu non peint se recouvre d'une pellicule naturelle d'oxyde d'aluminium, l'alumine. De même l'oxyde de chrome pour l'inox passivé. Un mât anodisé se recouvre d'une pellicule d'alumine contrôlée.
Chacune de ces méthodes est une façon d'envelopper le bateau dans un voile aussi étanche et continu que possible.
Un trou, une rayure, sont une interruption du film protecteur. Plus rien n'empêche l'eau de pénétrer. Eau de mer, pluie, condensation et humidité de l'air.
Peintures, gelcoat ou film naturel, cela se passe de la même façon.
Les réactions dépendent ensuite de chaque matériau.
Les matériaux à faible densité, poreux ou fibreux, stratifiés, bois, CP y compris époxy, pompent l'eau dans leur épaisseur. Ce que les métaux ne font pas. Pas plus qu'un altu ou plexi.
A partir de là on peut analyser cas par cas.
Polyester, composites, CP et bois.
Une étoile dans le gelcoat, une rayure, un trou volontaire ou pas, un délaminage permettent à l'eau de pénétrer au sein d'un bordé en polyester ou composites. Plus l'imprégnation est dense (mais sans excès), avec une résine de haute qualité et fluide, ou réalisée sous vide, moins l'eau trouve de place entre les fibres et moins elle peut dissoudre de composants du liant.
Une rayure, un trou, un écrasement, laisse l'eau pénétrer dans les bois, le CP, même imprégné ou traité époxy. Un bois dense résiste mieux. Le traitement époxy ralentit l'action de l'eau, la diffère sans l'empêcher. La résine est plus poisseuse que l'eau. Elle va moins loin entre les fibres. L'eau trouvera toujours à aller plus loin qu'elle car les bois sont hygroscopiques. En plein panneau, de bordé ou de pont, dans une cloison ou une varangue, l'eau va occuper toute la place possible et la zone finira par perdre sa résistance et se décoller des zones voisines.
Une âme de sandwich telle que le balsa peut pomper l'eau qui a pénétré dans le bordé polyester, composite ou bois. Une âme étanche (PVC) arrête l'eau, mais si la porte d'entrée n'est pas réparée, l'eau va cheminer par tout interstice vers un point bas où elle s'accumule et provoquera une faiblesse telle qu'un délaminage ou la prise de jeu d'une pièce boulonnée. Partout où il y aura serrage, on supprime l'âme ou on la remplace par une cale d'épaisseur dense. Un bordé en sandwich est en général moins vite affaibli qu'un bordé monolithique.
En absence d'intervention l'humidité élargit la zone affaiblie.
Hors sollicitation il ne se passe pas grand chose. Sous contrainte d'une ferrure mise en traction, le bordé perdant ses capacités mécaniques, c'est l'envol de la pièce...
Métaux
Une rayure, un trou, ne permet pas à l'eau d'entrer dans l'épaisseur du métal. Mais elle cherche un chemin et finit par le trouver... entre métal et peintures.
Pour ces matériaux non poreux, non hygroscopiques, c'est la peinture qui se décolle. Lorsqu'une rayure se produit en plein bordé le métal entre en réaction chimique avec l'hydrogène, l'oxygène et les autres composants de l'eau douce ou de mer.
Un bordé ou un pont en acier sont toujours peints. Si une rayure se produit au beau milieu d'un panneau peint, des cloques ou un décollement apparaissent autour de la blessure. La rouille est une corrosion lente. L'oxyde de fer va boursoufler, feuilleter, mais sans pour autant creuser beaucoup le métal sain. L'eau élargira le décollement, la rouille coulera de la façon la plus disgracieuse qui soit, mais la blessure restera superficielle.
Si la rayure se produit dans un bordé en alu non peint, la couche d'alumine se reformera toute seule si elle est au dessus de l'eau. De même pour un pont s'il n'y a pas de flaque stagnante. Comme l'oxyde de fer, l'alumine est hygroscopique. Sous l'eau, la peinture se décolle et la blessure devient une petite anode par rapport au reste du bateau. L'alumine rayée n'aura pas eu le temps de se reformer. Sous les peintures d'un pont ou dans une flaque stagnante la zone blessée peut voir une petite corrosion locale démarrer qui s'arrête dès que la zone sèche.
Lorsque c'est la fixation d'une pièce boulonnée à travers une tôle d'alu ou d'acier qui est fuyarde, le risque n'est pas que l'eau fasse gonfler le matériau ! Pas de prise de jeu... Particularité des métaux, le danger pourra venir d'une corrosion galvanique entre la pièce et le bateau.

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Visiteurs : 502831 Mis à jour le : 29 - 03 - 2017 Aramis Multimédia